La compliance 

à l'ère du numérique 

Le digital envahit désormais tous les services d'une entreprise. Les compliances officers n'y échappent pas. Jérôme Bloch, PDG de 360Crossmedia, détaille cette révolution culturelle. 

Jerome Bloch

360Crossmedia

Comment la transformation digitale en cours impacte-t-elle le domaine de la compliance ?  

 

La compliance figure parmi les secteurs les plus impactés et donc, déjà très engagés dans une véritable révolution. Un état des lieux du quotidien dans d’autres départements d’une entreprise, notamment l’opérationnel, permet d’observer que le digital y relève encore du fantasme. Dans les esprits rôde le spectre de la machine toute puissante volant le travail des uns et le savoir-faire des autres. Les mots ou concepts, tels les blockchains, ne s’y traduisent pas concrètement. Sur le plan de la compliance, en revanche, la révolution numérique et digitale s’inscrit déjà dans la réalité. Je pense par exemple aux procédures de KYC, qui profitent largement des possibilités offertes par le digital pour améliorer la précision de leurs recherches ou aux systèmes informatiques sans lesquels il est devenu impossible de rester en conformité avec les innombrables obligations qui ne cessent d’émerger. 

“ Les compliance officers doivent disposer d’un double arsenal de compétences. ”

 

Comment le compliance officer doit-il s’adapter ?

 

Le temps où les compliances officers exerçaient en vase clos paraît bien révolu. Ils font désormais le lien entre différents métiers pour assurer à leurs employeurs de rester en ligne avec les demandes des régulateurs. A ce titre, ils doivent disposer d’un double arsenal de compétences : une expertise métier très pointue d’une part, doublée d’une maîtrise parfaite de la communication. Cette dernière qualité leur permet de présenter clairement à leurs collègues les projets en cours, les deadlines et les obligations de chacun. Les meilleurs obtiennent un buy-in apte à accélérer la mise en œuvre des projets et à réduire les risques. Lorsque nous travaillons avec des compliance officers, nous commençons par un travail sur les documents : textes, structure des présentations powerpoint, vidéos. Même dans la compliance, trop d’information tue l’information. Nous observons souvent une tendance à exprimer toute la complexité de la matière, alors que le rôle principal du compliance officer consiste à absorber cette complexité pour présenter à ses collègues les points fondamentaux. Ensuite, nous travaillons sur les techniques de présentation : in fine, pour obtenir un support maximal de ses collègues, le compliance officer doit savoir leur ‘vendre’ son projet.

 

La digitalisation transforme donc la culture de l’entreprise ?

 

Absolument, d’autant qu’avec l’IT, c’est-à-dire les technologies de l’information, nous assistons à un double phénomène : moins de taches rébarbatives et davantage de possibilités pour gagner en compétence, via l’e-learning et le co-learning par exemple. Regardons les banques passant d’un fonctionnement extrêmement lourd à des workshops et à l’innovation en général. Je pense que le compliance officer doit réaliser la même évolution en passant d’un rôle de surveillance pure à un rôle de catalyseur pour aider l’entreprise à définir les meilleures stratégies au grès des multiples évolutions en cours.